Quelques textes

 

 

1. Comment gérer les colères des enfants?
2. Les abus sexuels: mettre en garde ses enfants
3. Divorce, séparation: comment l'annoncer aux enfants?
4. Parents, protégez votre couple!
5. Passer du conjugal au parental
6. L'enfant dans le lit des parents?

 

 

 

 

1. Comment gérer les colères des enfants?

 

Marlène, deux ans, n'accompagne plus sa maman au supermarché. Ses cris et ses mouvements de rage, à chaque refus de ce qu'elle réclame, ont eu raison de la patience maternelle. Comment ne pas se sentir à la fois désarmée et énervée devant un petit bout de fille qui hurle, trépigne, escalade le chariot et vous fait regarder des clients comme un bourreau d'enfants?

Les petits, entre dix-huit mois et quatre ans environ, sont volontiers coléreux. La frustration ou le dérangement, en fait tout ce qui s'oppose à leur désir immédiat, peut être le prétexte d'une crise. Ils voudraient décider de leur vie, mais ils se sentent petits et impuissants. Obéir? C'est insupportable. Ou alors vraiment pour faire plaisir...

Comment réagir à ces colères?

 

Sur le moment

- L'enfant, lancé dans une crise de colère, perd tout contrôle émotionnel. Il n'entend rien, il vole en éclats. Le contraindre ou le raisonner ne ferait que renforcer ses cris.

- La tension nerveuse doit d'abord se vider. Le mieux est de laisser un temps à l'enfant pour décharger cette énergie, soit en l'ignorant, soit en l'isolant lorsque c'est possible ("Tu vas aller un moment crier dans ta chambre, tu reviendras lorsque tu seras calmé).

- Ne cédez pas. Si les colères "payent", elles deviendront plus fréquentes.

- Ne piquez pas une colère plus forte que la sienne. Il serait terrifié. Souvenez-vous que votre attitude a toujours valeur d'exemple pour l'enfant.

 

A la fin de la colère

-Lorsque vous sentez que l'enfant a vidé une grande partie de sa rage, vous pouvez, s'il accepte, l'aider à terminer. Enveloppez-le dans vos bras et tenez-le un moment contre vous, de manière ferme et tendre. Bercez-le doucement. Cela l'aide à se reconstruire.

- Ne rester jamais sur un conflit. C'est à vous de faire le premier pas vers la réconciliation. L'enfant a absolument besoin de savoir que sa colère n'a pas endommagé l'amour que vous lui portez.

- S'il a eu des gestes violents qui ont fait mal ou cassé quelque chose, aidez-le à réparer. Il peut demander pardon à son frère, ou ramasser les morceaux du puzzle qu'il a lancé en l'air.

- Expliquez-lui qu'il a, comme tout le monde, le droit de ressentir et d'exprimer de la colère, mais pas celui de détruire ou de faire mal.

 

A froid

- Si votre enfant est très coléreux, s'il réagit à la moindre contrariété ou frustration, c'est le moment de vous interroger. Avez-vous su lui imposer progressivement des limites? Est-ce bien clair que ce n'est pas lui qui commande à la maison?

- Donnez-vous à votre enfant, ainsi que son père, l'exemple d'adultes qui savent contrôler leurs émotions, dériver leur propre colère et garder leur calme?

 

Comment éviter la prochaine colère?

- Essayez, très rapidement, de détourner son attention vers quelque chose qui l'intéresse. Cela va de: "Oh, regarde le pigeon sur la terrasse!" à "N'est-ce pas l'heure de ton feuilleton?".

- Montrez que vous comprenez son désir, avant de refuser de le satisfaire: "Tu as raison, ces bonbons ont l'air délicieux, la prochaine fois c'est ceux-là que nous achèteront."

- Parfois un oui limité, qui est l'aboutissement d'une négociation, peut désamorcer un conflit. C'est la méthode sans perdant. "D'accord pour le bonbon, mais un seul"; "OK pour que tu continues ton jeu mais cinq minutes seulement".

 

 

 

2.Les abus sexuels : mettre en garde ses enfants

 

Depuis notre enfance, le monde a bien changé. Quelques règles simples suffisaient à nous protéger :  " Tu ne suis pas les étrangers", " Tu rentres avant la nuit ", " Tu préviens si tu es en retard". Tout cela est encore valable, bien sûr, mais devenu insuffisant. On parle de plus en plus d'abus sexuels, ce qui ne signifie pas qu'ils soient plus fréquents, mais que les enfants osent parler et que leur parole est prise en compte.

Les parents savent bien qu'il est impossible de protéger totalement son enfant, mais il est nécessaire d'essayer. La tâche est difficile. Tout parent désireux de mettre en garde efficacement son enfant se trouve vite confronté à deux dilemmes. D'une part: comment informer sans pour autant inquiéter ou rendre craintif? D'autre part: comment assurer la sécurité de son enfant tout en respectant son légitime désir d 'indépendance?

 

La démarche tient en quatre points.

Une information correcte

Bien sûr les enfants, à tout âge mais d'autant plus qu'ils sont jeunes, sont vulnérables. Mais il faut raison garder: à l'immense majorité des enfants, il n'arrivera jamais rien. L'angoisse parentale ne protège pas les enfants. Mieux vaut s'informer sur les risques réels que véhiculer des fantasmes. Il est par exemple important de savoir que plus de la moitié des enfants mis en danger le sont par une personne connue d'eux, dont ils ne se méfient pas, alors que tous ont spontanément peur des étrangers, de ceux qui ont "une drôle de tête". 

 

Une éducation préventive

Certains enfants sont plus vulnérables que d'autres. Les enfants timides, bien élevés, discrets ou peu sûrs d'eux peuvent trouver bien difficile d'affirmer son droit et de se défendre contre un adulte convaincant ou exigeant. Il est donc important d'apprendre à tout enfant qu'il a le droit de dire non et le droit de défendre ses opinions, même face à une figure d'autorité. 

Les enfants surprotégés sont aussi, paradoxalement, plus vulnérables, car ils n'ont pas appris à se débrouiller ni à se défendre par eux-mêmes. Malgré leur anxiété, il est important que les parents donnent à leur enfant  une autonomie en rapport avec son âge. C'est en apprenant  progressivement la liberté que l'enfant se prépare à affronter le monde.   

Enfin, préparer son enfant à se défendre contre les abus sexuels, c'est aussi, très tôt, lui faire comprendre que son corps n'appartient qu'à lui. Cela veut dire respecter sa pudeur, mettre des limites claires entre les membres de la famille, lui apprendre dès quatre ans à se laver seul, etc. 

 

Une mise en garde efficace

Parler aux enfants de l'existence des abus sexuels n'est pas facile: c'est leur faire perdre une part de leur innocence, en leur parlant de choses  moches dont ils ignorent tout. Mais c'est le prix à payer pour la prévention. On est plus vigilant quand on est au courant des dangers potentiels. On peut dire par exemple: "Il existe des personnes qui ont des problèmes, et cela les amène à essayer de toucher les enfants là où ils ne faut pas. Même ceux qui ont l'air gentil peuvent parfois faire du mal. Ton corps est à toi. Personne, même un adulte proche, n'a le droit de toucher les parties cachées de ton corps, surtout si cela te crée un malaise. "

Comment aider l'enfant à faire la part entre le câlin "normal" et celui qui ne l'est plus? D'abord lui expliquer que personne d'autre que lui n'a le droit de toucher "à ce qui est caché par le maillot de bain" (sauf pour une raison médicale, bien sûr). Ensuite lui apprendre à se méfier de ceux qui lui demande le secret : un baiser "normal" n'a pas à être caché.

 

Un apprentissage ciblé

Viennent ensuite les règles de conduite précises. L'enfant doit savoir concrètement ce qu'il doit faire s'il se trouve dans telle situation inhabituelle ou qu'il ressent comme dangereuse. Les instructions les plus simples sont les mieux mémorisées. "Dès qu'un adulte te demande de garder un secret, méfie-toi et… parle m'en", "N'accompagne jamais un inconnu, même pour lui rendre service", "Ce n'est pas impoli de dire non", "Si tu es seul, reste dans les lieux où il y a du monde", "Si tu as besoin d'aide, entre dans un magasin, alerte un groupe de gens ou sonne à n'importe quelle porte", etc.  Vous voulez savoir si votre enfant à retenu vos mises en garde? Jouez à "Et si…?": "Et si je n'étais pas à la sortie de l'école?", " Et si quelqu'un te demandait de garder un baiser secret?"…

On ne peut pas avoir sans cesse nos enfant sous les yeux: éducation, information du danger et mise en garde pratique sont les meilleures mesures de prévention.

 

Encore un point:

Toutes les études l'ont montré: la seule tactique vraiment efficace dont dispose un enfant pour se défendre, c'est le cri. Mais tous n'osent pas, surtout les enfants timides et polis. Il faut donc pratiquer le hurlement, comme un exercice. Demandez à l'enfant de hurler "non", le plus puissamment possible, depuis le ventre. Seul d'abord, puis face à la glace, puis face à vous, plusieurs fois. Afin que, en cas de besoin, il n'hésite pas à le faire, pour appeler à l'aide et faire fuir l'agresseur.

 

 

 

3. Divorce, séparation: comment l'annoncer aux enfants?

 

Aujourd'hui, entre un tiers et la moitié des mariages se terminent par un divorce. En ce qui concerne les séparations des couples qui vivent ensemble sans être mariés, une seule certitude: la proportion est encore plus importante. Etre enfant de divorcés n'est plus une exception ou une honte. On n'est plus montré du doigt dans la cour. Pour autant, c'est toujours une souffrance. Et cela peut aussi être un vrai choc, si l'on a rien senti venir, si les parents ne se sont jamais vraiment disputés.  Même si vous pouvez honnêtement penser que la séparation est une meilleure solution, pour l'enfant, que vivre dans les tensions ou les conflits permanents,  ne vous attendez quand même pas à des remerciements…

Votre décision est prise: vous allez vous séparer. La manière dont vous allez l'annoncer à votre enfant est très importante. Sa réaction en dépend partiellement. Ces quelques conseils vous aideront à passer ce cap difficile.

 

Quand le dire?

Dès que la décision est prise et qu'elle va être suivie d'effets. Inutile d'attendre que l'enfant se pose des questions ou s'inquiète. Même les très jeunes enfants doivent être mis au courant, avec des mots simples, à leur niveau. L'effet de surprise, avec l'impression que tout s'écroule, peut être redoutable. Il sera moins important si l'enfant a senti le vent souffler et qu'il s'attend, plus ou moins, à votre effet d'annonce.

Au moment de parler, vous serez probablement émue et vous aurez peut-être du mal à trouver les mots justes. Aussi serez-vous plus à l'aise si vous avez préparé auparavant ce que vous avez l'intention de dire.

 

Avec qui?

Si la relation avec le père de vos enfants le permet, il est souhaitable que vous informiez vos enfants ensemble. Ils seront rassurés de constater que vous pouvez encore communiquer et vous entendre sur l'essentiel: eux. Le but est de faire sentir aux enfants que leurs parents maîtrisent la situation et qu'ils sont capables de résoudre eux-même leurs problèmes.

Même s'ils sont d'âges différents, vous pouvez parler à vos enfants en même temps. Cela renforcera  pour eux l'effet de solidarité.

 

Comment?

En évitant si possible le drame et les larmes. Plus vous saurez garder votre calme et mieux cela vaudra. N'oubliez jamais que le besoin essentiel de l'enfant dans cette situation est d'être rassuré. Votre calme fait passer le message souhaité: "Même si mon monde est bouleversé, mes parents gardent le contrôle."

Autre point important: ce n'est pas le moment de régler vos comptes avec votre conjoint ou de démarrer un conflit. Gardez les reproches personnels et les accusations pour une autre occasion. Ce qui aidera le plus votre enfant à entendre ce que vous avez à lui dire et à accepter cette nouvelle situation sera de constater qu'il existe entre ses parents une relation sinon amicale, du moins tolérante et respectueuse.

Enfin, gardez toujours en tête que vous parlez à un enfant. Employez des mots simples et sobres. Evitez les détails sur votre vie de couple ou vos déboires sentimentaux: cela ne le concerne pas.

 

Quoi dire?

La vérité, simplement, en vous centrant sur ce qui concerne l'enfant. "Tu as senti que cela n'allait plus entre ton papa et moi, malgré nos efforts. Nous avons finalement décidé de nous séparer. C'est triste, mais ce sont des choses qui arrivent. Nous allons nous organiser pour que tu n'aies pas trop à en souffrir." Lui veut savoir s'il va devoir déménager, s'il changera d'école, s'il vivra toujours avec son chien,  s'il pourra continuer le judo, où seront ses affaires, comment s'organisera sa vie… Insistez sur ce qui restera pareil: plus il y aura de changements et plus il aura de mal à les gérer.

Un enfant est très déstabilisé par l'annonce d'une séparation. Son monde vacille. Plus que tout, il a besoin d'être rassuré de manière ferme et tendre, par ses deux parents, sur les deux faits suivants:

- Il reste l'enfant de son père et de sa mère et il ne risque pas de perdre leur amour.

- La séparation n'est en rien la conséquence de son comportement et il n'est rien qu'il aurait pu faire pour l'empêcher.

Quand leur père et vous vous serez exprimé, donnez la parole à l'enfant: "Y a-t-il des questions que tu voudrais nous poser?". Certaines questions vous surprendront peut-être. Essayez d'y répondre tranquillement. Puis, l'entretien terminé, renvoyez-le à sa routine quotidienne. Il n'y a rien de plus rassurant pour l'enfant que de constater qu'il toujours obligatoire de se laver les dents avant de se faire raconter une histoire au fond du lit…

 

Encore un point

A chaque enfant sa réaction. Certains exprimeront des émotions de tristesse ou d'inquiétude. D'autres réagiront avec plus de violence. D'autres encore se montreront irritables ou amers. Tout cela est normal: laissez-leur le temps de se faire à la nouvelle situation. Evitez de vous fâcher après eux, faites preuve de patience, encouragez l'expression et la discussion. Dans quelque temps, ils reprendront le dessus. Et vous aussi.

 

 

 

4. Parents, protégez votre couple !

 

Dans le cas le plus courant, le couple, composé des deux parents, préexistait à la venue des enfants. Le couple amoureux est devenu couple parental, dans une évolution qui n'est pas toujours facile à gérer.

 

Donnez-vous du temps

On sait que la venue du premier enfant, et plus encore du second, est un tremblement de terre pour le couple qui doit continuer son chemin sur de nouvelles bases. La cellule familiale s'enrichit: le couple doit tout naturellement en être renforcé.

Mais tout le monde sait que ce n'est systématiquement le cas. Pour que l'histoire d'amour résiste, il est important que les parents continuent à prendre soin. Le danger est pour ceux dont le nouveau rôle prend toute la place, et qui retirent affection et attention au conjoint pour tout reporter sur leur enfant. Si l'enfant est au centre de la relation parentale, le couple est menacé.

Que le couple préexiste à la naissance des enfants ou qu'il soit "recomposé", il a besoin de soin et de temps. Pour que la tendresse et l'intimité se maintiennent, il faut s'en donner les moyens. D'où certains droits inaliénables:

    - Le droit de passer "en amoureux", sans les enfants, une soirée par semaine, un week-end par trimestre, une semaine par an.

    - Le droit de coucher les enfants le soir, assez tôt pour avoir un morceau de soirée pour soi et le temps d'échanger.

    - Le droit de n'être qu'à deux dans sa chambre, a fortiori dans le lit.

 

Soignez le conjugal

Séparer le conjugal du familial, à certains moments et dans certains endroits, est indispensable à la santé du couple. A chacun d'en trouver les modalités.

Les enfants vont protester: ils sont couramment assez jaloux des liens qui unissent leurs parents. Mais, là encore, ils en seront profondément rassurés. Rien n'est plus sécurisant pour un enfant que de sentir que ses parents s'aiment et que leur couple est solide :

    - Pour les plus jeunes, cela éloigne la crainte d'une séparation toujours possible (ils le savent bien).

    - Pour les ados, cela permet d'envisager plus sereinement leur prise d'autonomie (les parents se débrouilleront lorsque le nid sera vide).

    - Pour tous, cela donne une bonne idée du couple qui leur servira de référence lorsque leur tour viendra.

 

 

 

5. Passer du conjugal au parental

 

Avant la naissance du premier bébé, le couple est conjugal. Après, il devient parental. Quelles conséquences ce changement de statut a-t-il sur le fonctionnement du couple, et singulièrement sur son intimité? Cela dépend. Il arrive que le père et la mère retrouvent progressivement une sexualité encore plus profonde et complice qu'avant la naissance. Plus souvent, le choc physique et psychique de l'accouchement, suivi de l'arrivée du bébé, entraîne un bouleversement dans le couple. La vie quotidienne et relationnelle, qui avait trouvé son équilibre à deux, est totalement chamboulée. Quand revenir à une relation plus amoureuse? Comment trouver un nouvel équilibre satisfaisant pour chacun?

 

La femme

Elle a été, sur les plans physique, hormonale et psychologique totalement bouleversée par ces douze derniers mois. Elle a vu son corps changer de formes, parfois dans des proportions importantes. Ce corps s'est adapté à la tâche de nourrir, protéger et faire grandir un enfant pendant neuf mois, le mettre au monde, puis l'allaiter. Tout cela, elle l'a accepté d'avance. Mais, même une fois le bébé sevré, la femme a parfois du mal à se reconnaître. Il lui reste des séquelles physiques de cette aventure, quelle avait peut-être mal anticipées. Kilos accumulés, cicatrices d'épisiotomie, ventre rebondi, hémorroïdes, vergetures, ... Il faut à la femme quelques mois pour ré-apprivoiser son corps. Il s'était mis entièrement au service de la fabrication d'une nouvelle vie; il doit redevenir un corps érotique et séducteur. Cela ne se fait pas tout seul. Ni en un jour.

La femme, même si elle se sent une nouvelle maman heureuse et épanouie, peut avoir du mal à se sentir simultanément une partenaire désirable et désirante. Si l'on ajoute, à ce trouble de l'image du corps, la fatigue résultant de l'accouchement, des nuits hachées, des soins du bébé et de l'allaitement, on comprend aisément le peu d'enthousiasme de la nouvelle maman à reprendre une vie sexuelle là où elle l'avait laissée...

 

L'homme

Le choc de la venue au monde de son bébé est psychologique et symbolique, mais il peut avoir des répercussions physiques. L'homme, particulièrement s'il a assisté à l'accouchement, peut avoir été saisi d'une sorte d'effroi, à peine conscient, qui se superpose à l'émerveillement. Sa femme, qu'il voyait physiquement comme sa partenaire de jeux sexuels, est devenu à ses yeux un corps de mère. Pour certains hommes, cela rend difficile le désir et les pratiques précédentes. Des ambiguïtés font obstacle. Le sein par exemple, organe sexuel par excellence, est devenu source d'alimentation. Comment gérer ce double statut?

Si le papa s'implique dans la nouvelle situation, il n'est pas non plus à l'abri de la fatigue des nuits écourtées et du surcroît d'activités. S'il a du mal à se situer par rapport à son nouveau statut, il peut se sentir exclu de la diade fusionnelle mère-enfant et le vivre douloureusement. Lui qui était l'unique objet d'amour et d'attentions de sa compagne, passe désormais systématiquement après ce petit bout qui dévore temps, substance et énergie...

 

Le couple

L'homme et la femme, qui avaient su trouver un accord de vie lorsqu'ils étaient deux, doivent réinventer les règles communes maintenant qu'ils sont trois. Chacun apprécie-t-il le père ou la mère que l'autre est devenu? Y a-t-il frustration? Désaccords? Lassitude? Tous ces éléments peuvent générer des difficultés nouvelles au sein du couple. Si l'on ajoute à cela le manque de temps pour se retrouver à deux, se parler et se confier l'un à l'autre, on comprend que la période soit délicate. Le nombre important de séparations qui suivent la naissance d'un enfant en témoigne.

Les tensions sexuelles existent également. Le plus souvent, l'homme souhaite reprendre une vie intime rapidement après la naissance. Non seulement il n'a pas été éprouvé physiquement, mais il ressent le besoin de resserrer les liens conjugaux au dépend du parental qui semble tout envahir. La femme, éprouvée et fatiguée, n'est pas souvent prête aussi vite. Elle peut être craintive de nouvelles douleurs lors de la pénétration. Vis-à-vis de son bébé, elle est dans cette " folie maternelle primaire " qui la fait se tourner essentiellement vers la satisfaction des besoins de son bébé.

 

Que faire?

Les couples qui avaient une bonne relation sexuelle avant et durant la grossesse, où les deux partenaires trouvaient leur compte de plaisir, n'auront généralement pas de problèmes, les premiers mois passés, à retrouver une intimité satisfaisante. La seule condition est que chacun des deux en ait le désir. Qu'un dialogue ouvert se noue sur les attentes, les désirs et les craintes de chacun. La patience et la tendresse feront le reste. Un conseil, toutefois: ne pas laisser passer trop de temps pour reprendre des échanges amoureux, quelque soit leur forme. Ne pas attendre plus de trois à cinq mois pour recommencer à faire l'amour régulièrement. Plus le délai est long et plus la reprise sera compliquée.

Le dialogue et la bonne volonté réciproque sont ce qui aidera le plus les couples en difficulté. Elle, doit se rappeler qu'avant d'être mère, elle était femme et amante, et qu'elle est appelée à le rester. Les deux statuts ne sont pas incompatibles, mais cela demande de trouver un nouvel équilibre. Lui, il doit comprendre qu'il n'est plus seulement amant et que son statut, à lui aussi, a changé. Mieux il acceptera ses nouvelles responsabilités, plus il donnera à sa compagne le sentiment qu'elle peut s'appuyer sur lui, plus vite elle se tournera à nouveau vers lui sexuellement.

C'est aussi son rôle de lui rappeler qu'elle est belle, désirable et attirante pour lui. Cela peut passer par l'organisation d'une soirée, d'une journée ou d'un week-end à deux: bébé est confié à la grand-mère et le couple se donne une peu de temps " en amoureux " pour se retrouver vraiment.

Si les difficultés persistent, si le couple n'a pas repris de vie sexuelle active six mois après la naissance, il est important de s'en préoccuper. Inutile de se raconter des histoires ou de se servir du bébé dans la chambre des parents comme alibi... Aller discuter ensemble au cabinet d'un psycho-sexologue peut être précieux: cela permettra de mettre des mots sur ce qui bloque et de trouver le chemin de la réconciliation amoureuse et sexuelle. 

 

 

 

6. L'enfant dans le lit des parents?

 

Dormir avec papa et maman, cela peut rassurer les enfants, et certains parents également... Mais c’est une pratique qu’il vaut mieux éviter, explique Anne Bacus, psychologue, psychothérapeute et auteur des ouvrages « Le sommeil de votre enfant » et « Le guide des mamans débutantes »*.

Lorsque l’on a un petit bébé, faut-il absolument qu’il dorme dans sa propre chambre ?

Il est bien compréhensible que certaines mères, de retour de la maternité, se sentent plus rassurées en dormant avec leur bébé. Jusqu’à six mois environ, cela ne pose pas de problème. Encore faut-il s’entendre sur ce que veut dire « dormir  avec » : il s’agit de garder le couffin près du lit parental, et non de prendre le bébé dans son lit. Ne serait-ce que parce que les recommandations des pédiatres pour prévenir la mort subite du nourrisson –qu’il dorme sur le dos, sans couverture ni oreiller - ne sont pas forcément respectées dans le lit des parents. Il est également important de ne pas habituer l’enfant à s’endormir avec un contact physique : la mère ne doit pas systématiquement le prendre dans ses bras ou lui tenir la main pour qu’il trouve le sommeil. Cela aide le bébé à progressivement « mettre maman à l’intérieur de lui ». Après l’âge de six mois (c’est une date approximative, bien sûr), mieux vaut habituer l’enfant à dormir dans sa propre chambre.

 

Quels problèmes se posent pour les enfants qui dorment avec leurs parents ? Après tout, cela se fait bien dans d’autres cultures…

 C’était aussi le cas autrefois en France, mais les gens n'avaient pas le choix. La culture a changé. Dans ma pratique quotidienne, j’observe les difficultés que cela peut créer. Les enfants sont souvent plus anxieux, et les relations plus fusionnelles. Cela n’aide pas l’enfant à développer sa propre personnalité ni à devenir autonome. Par ailleurs, cette pratique camoufle bien souvent un problème de couple : la présence du petit dans la chambre sert de prétexte à des non-retrouvailles. A l’inverse, lorsque les parents préservent leur espace privé et mettent l’enfant dans sa propre chambre, ce dernier est rassuré : cela lui montre que le couple existe en dehors de lui, qu’il n’a pas besoin de s’en occuper et donc qu’il peut mener sa propre vie d’enfant.

 

Et si le parent élève seul son enfant ?

Une mère qui élève seul son fils doit éviter de le faire dormir avec elle : cela le mettrait dans la position "troublante" d’être le petit homme de la maison. La place reste vide: c'est celle du conjoint, passé ou possible, de maman, pas de son fils. D’une manière générale, le parent seul doit résister au désir de prendre l’enfant dans son lit.